Il y a un peu plus d’un siècle, F. Nietzsche espérait l’arrivée du sur-humain et A. Hitler est venu. Marx prédisait le nouvel homme et J. Staline est venu. Aujourd’hui, le cynisme a gagné et toute tentative utopique se voit renvoyé les exemples précités. Faut-il désespérer ?
En un sens, espérer un avenir radieux pour l’humanité semble effectivement idiot. Malgré l’immense pouvoir qu’ils ont, les hommes semblent aller directement dans le mur. Les exemples de l’absurdité humaine sont tellement nombreux qu’on ne sait même plus par lequel commencer (pollution, gaspillage, guerre, massacre, loftstory, etc… ).
Mais, malgré tout espoir il y a, car simplement nous n’avons pas le choix.
En lisant leur espoir, j’ai comme un résonance. Il est peu probable que la maturité nécessaire à ‘vivre la vie, et sa propre vie, dans l’élévation constante vers le plus noble et le plus exigeant, et donc vers le plus épanouissant‘ émergent tout à coup, Césaire l’a attendue jusqu’à sa mort, mais l’improbable arrive parfois.
Et que l’improbable surgissent d’un petit bout de terre peuplés d’esclaves parait tellement énorme que finalement ça ne me semble plus étonnant du tout. Lorsque l’on est sortie d’un esclavage, on est mieux armé pour sortir d’un autre.
Il y 10 ans, dans un de ses bouquins (Solibo Magnifique), P. Chamoiseau (un des auteurs du manifeste et prix Goncourt 1992) finissait la description d’un de ses personnages (l’inspecteur Pilon de fort de France) par ces mots : ‘Final, il vit comme nous tous, à deux vitesses, sans trop savoir s’il faut freiner dans le morne ou accélérer dans la descente”.
Le frein à commencer à lâcher au USA, il chauffe aux Antilles et grince en France. Profitons -z-en
Et pourquoi donc ? Il semblerait qu’une goutte d’eau ait fait déborder le vase.
D’abord apprécions la goutte d’eau
Ici, n’est pas le lieux pour revenir sur toutes les inepties proposées par Mme Pécresse. Mr Fert (Prix Nobel 2008 ) et ses collègues l’ont très bien fait dans leur tribune du 29 janvier. Je veux juste profiter de l’occasion pour demander des excuses publiques à Mr Sarkozy et faire une ou deux remarques qui devraient enfoncer un peu plus le clou.
Le problème posé par Mr Sarkozy et consœurs au monde scientifique est à mon avis double.
D’abord, il est idéologique. L’idée inébranlable de Mr Sarkozy est que la compétition est le moteur du progrès. Que ça marche pour les coureurs de 100 mètres et que ça marche pour les chercheurs. Il se trompe (pour changer ). Le fait est que les avancées scientifiques se font grâce à la collaboration et que l’émulation positive que peut générer l’esprit de compétition est largement compensé par ses conséquences négatives (falsification de résultats, rétention d’information, etc…). A titre d’exemple, J. Stiglitz (Prix Nobel 2002) a montré qu’en matière pharmaceutique la brevetisation allait contre le développement de nouveaux traitements.
Ensuite, il est idéologique. L’idée inébranlable de Mr Sarkozy est que la recherche doit être financée par les entreprises. Que les entreprises sont dans un temps compatible avec celui de la recherche fondamentale. Il se trompe. L’échelle de temps de la recherche n’est pas de l’ordre de 2 à 3 ans, ni même de 10 à 20 ans. Un résultat n’est pas planifiable. Comme disait A. Grothendieck, ‘il tombe de l’arbre comme tombe un fruit mûr‘. Les pays mieux classés (selon les critères de Mr Sarkozy) l’ont bien compris et ils financent leur système de recherche en conséquence. Ils ne se contentent pas des beaux discours plein de promesses.
Comme le notait récemment 2 rapports (2008 Innovation Scoreboard and 2008 Science, Technology and Competitiveness), l’intensité de la recherche européenne (et en particulier française) n’atteindra certainement pas les 3% du PIB en 2010 comme promis par J. Chirac en 2002. Nous avons d’ailleurs reculé depuis (de 2,26% à moins de 2% ) alors que dans le même temps le Japon passait de 3.04% à 3.39% et la Chine de 0.90% à 1.42%.
J’ai l’impression de me répéter (voir ici et la ). Le problème est d’abord budgétaire. Plus il y aura de chercheurs, plus on aura de chances de trouver quelque chose. En plus, le chercheur français coute bien moins cher (en terme de salaire) que ses collègues étrangers et est tout aussi compétant.
Mme Pécresse aime les formules. Elle a bien compris qu’à l’heure actuelle, faire carrière en politique passait presque uniquement par une maitrise de la communication médiatique (pour le plaisir : un exemple de langue de bois sur public Sénat et une perle prononcée sur France culture (En toute franchise 18/09/08 ) au sujet de la réaction des chercheurs aux réformes du gouvernement ‘ Je ne sais pas quelles sont les inquiétudes qui s’exprimeront, mais ce que je sais, c’est qu’elles n’ont pas lieu d’être‘.)
Mme Pécresse veux faire carrière et entend bien ne pas s’ arrêter en si bon chemin. Qu’il faille se faire adopter pour avancer ne lui pose pas trop de problèmes, elle est pragmatique. Elle a également bien compris que flatter l’égo de ses supérieurs était d’une grande efficacité pour avoir une promotion. ‘Nicolas, Notre père qui est à l’Élysée …‘ comme on psalmodie encore avant le repas à la cantine de Sainte-Marie de Neuilly.
Sur le ‘milieu’ qu’elle fréquente ensuite.
Ahhh, la grande famille du palais Bourbon, de Matignon, de l’Elysée qu’il fait bon en faire partie. Ya Papa Sarko, qui s’assied en bout de la table depuis qu’il à virer papy Chichi. Ya Bébé Sarko, qui tel Brutus attend son heure dans l’ombre du paternel. Ya Maman Rachida qui essaye de faire parler la presse plus que Maman Carla. Et puis ya tous les tontons, les cousins qui se contentent de petits privilèges distribués de ci de là.
Depuis la nuit des temps, le pouvoir se conserve en famille. Avant 1793, c’était clair, le régime était monarchique, héréditaire et de droit divin (si on n’était pas content, fallait se plaindre à Dieu). Depuis, le népotisme était plutôt caché. Il se tapissait dans l’ombre, honteux. Mais avec l’avènement de Mr Sarko, les choses ont changés.
Plus de honte. Placé son fils à un poste bien au dessus de ses capacités se fait au grand jour, sous les projecteurs même. La famille avant tout. Et ce n’est pas par hasard que les alliances matrimoniales (entre gens de pouvoir) se multiplient (certain parle de caste sacerdotale et les suisses en rigolent).
Que dira le petit Jean quand un disciple de L. Joffrin l’interrogera sur la monarchie élective ? Il ne pourra plus étaler ses lacunes lexicales (car monarchie ça ne veux pas dire héréditaire). J’ose prédire qu’il noiera le bouchon en faisant le clown comme son père et j’espère qu’il restera des journalistes pour lui poser la question.
Tout ca pour dire que les effets de la consanguinité commencent à se voir. La plupart des ministres planent à des kilomètres au dessus de leur seuil de compétences et la gestion du pays tourne à la farce. Peut être serait-il temps de modifier notre constitution pour éviter cette dérive et ainsi d’arrêter d’usurper le nom de démocratie.
Je sais… Je rêve …. mais bon ca fait du bien, parfois
Faut-il ajouter du bruit à la cacophonie, faut-il parler des gens qui disent tout et n’importe quoi pour faire parler d’eux ? Non. Non et non E.Z. ne vaut pas la peine que l’on perde son temps à parler de lui.
Alors pourquoi vais-je rebondir sur la dernière boutade de l’archétype de l’intellectuel télévisuel ? Parce que c’est l’occasion de se débarrasser du bruit que fait Mr Z. à la télé depuis quelque temps et de revenir sur un sujet qui me tient à coeur.
Pour ceux qui ne sont pas au courant voila le résumé de l’affaire :
Au cours d’une émission d’Arte (pas très bonne d’ailleurs, enfin à mon gout ), `Paris-Berlin` Eric Z (je ne citerai plus son nom, une fois dans le titre ça suffit) a fait part de son sentiment sur son appartenance à la race blanche en opposition à la race noire de son interlocutrice (R. Diallo) Ci-dessous, l’émission in extenso (après montage quand même).
Cet énoncé pas très étonnant (il se définie lui-même comme conservateur ) de la part Mr Z. a déclenché de nombreuses réactions (en plus de celle d’ACRIMED, vous pouvez lire la tribune de A. Jacqueline sur Rue89), dont celle, par effet boule de neige, de la chaine France O.
Mr Z. étant éditorialiste dans l’émission ‘l’hebdo’ sur cette chaine (il est éditorialiste partout de toute façon …), et vu le public qu’elle cible, on comprend leur besoin de se justifier. Vous pouvez visionner ci-dessous l’émission ‘tentative de justification’ mal tournée (à mon avis). En particulier car, malgré les intentions affichées de ne faire de cette émission ‘ni un tribunal, ni une tribune’, la tribune est belle et bien prise par Mr Z. (comme d’habitude).
Personnellement, je n’aime pas la Télé mais France O était une des chaines les moins pires du PAF et ça me fait de la peine de les voir dans cet état. Alors, je vais leur donner ma solution pour sortir de l’ornière.
Mr Z. et ceux qui pensent que les races existent, que la preuve en est que le mot race existe et que le dire n’implique pas le racisme, ne peuvent pas aller bien loin.
En deux mots et un court raisonnement par l’absurde.
Admettons que la race blanche et la race noire existent (en acceptant comme définition de la race celle-ci: Groupement naturel d’êtres humains, actuels ou fossiles, qui présentent un ensemble de caractères physiques communs héréditaires, indépendamment de leurs langues et nationalités); quelle est la race du fils d’un homme de race noire et d’une femme de race blanche ? Si on opte pour l’une des deux races, on suppose forcément une hiérarchie entre elles et donc on est raciste; si on opte pour la création d’une nouvelle race ‘métissée’ (chabins, mulâtre, etc…), on voit bien que l’on va vite se retrouver avec autant de races que d’individus…
les races n’existent pas dans l’espèce humaine et donc le mot n’a aucun intérêt et peut être oublié. Pour ceux qui aiment bien ce mot, ils peuvent toujours s’en servir quand ils parlent des animaux domestiques rigoureusement sélectionnés pour être de races différentes (à noter au passage que l’origine des mots mulâtre, chabins, etc se trouve dans le vocabulaire animalier). Bien sur il y a des hommes noirs et des hommes blancs mais leur différence est simplement une différence de couleur. Le mot couleur est très précis, pourquoi ne pas l’utiliser? En plus, ça parait évident que le critère couleur n’est pas un critère sur lequel on peut fonder une hiérarchie alors que derrière le vaseux terme “race” peut se cacher n’importe quoi (et surtout les pires fantasmes).
perdre son temps à discuter avec E.Z. est inutile. Lui-même sait bien que son discours ne tient pas debout et lui donner une tribune de plus ne sert qu’à augmenter le bruit.
Pour ceux qui essayent de faire des comparaisons avec les USA, n’oubliez pas que la définition étasunienne du mot race n’est pas la même que celle que nous en avons. La race aux USA est définie par la discrimination. Si les gens avec un long nez se regroupent et prouvent qu’ils subissent des discriminations, la ligne long-nose sera ajoutée à la liste des races possibles sur les questionnaires #statistiques#. Cette approche explique par exemple pourquoi, pour un américain, Obama est noir et pas métis.
Et pour conclure, au choix cornélien que propose Mr Z. entre l’assimilationisme xénophobe (peureux) à la papa et le communautarisme raciste (et peureux) à la mode aux US, je pense que je vais ‘prendre la solution numéro trois’. Cette solution est individuelle et vous devrez réfléchir pour trouver la votre, mais le principe de base est très simple : ‘la peur n’arrête pas le danger’.
Un dernier conseil pour les curieux qui veulent encore mieux comprendre la post-négritude. Lisez ‘Peau noire, masques blancs de F. Fanon.‘Le Nègre n’est pas. Pas plus que le Blanc‘
Ca fait longtemps, tres longtemps que je n’ai pas pris le temps d’écrire. Trop d’autres choses a faire, l’impression de crier dans le désert, enfin pleins de raisons de ne plus interloper mais aujourd’hui un fait divers me secoue et donc me revoila.
Dimanche 12 octobre, à St Omer (Nord pas Calais), JP Everaere a laissé son café sur le comptoir du bistro pour aller secourir un jeune Erythréen qui venait de tomber dans les eaux du canal en descendant du camion qu’il avait choisi pour passer en Angleterre. Avant l’arrivée des pompiers, les deux Hommes se noient dans les eaux froides (10-12 °C) du canal.
Je viens de lire une des rares réactions (sinon la seule) à ce drame, celle de D. Schneidermann (ASI). J’espère que sa conclusion : “L’article de la Voix du Nord est daté de mardi. Nous sommes jeudi matin. Cette double noyade, dans sa brutalité, dans sa dimension tragique (le sauveteur victime de son courage), par les enjeux de politique nationale et internationale qui apparaissent en filigrane, est un fait-divers particulièrement “médiatisable”. Tentons de deviner ensemble pourquoi il ne l’a pas été (médiatisé).” fera réfléchir mais aujourd’hui je n’ai pas envie de réfléchir.
Je voudrais juste dire aux enfants de Mr Everaere que leur père est un Homme. Un Homme qui a vu un autre homme se noyer et à agit comme un Homme. Certains diront que c’était un héros, meilleur que les autres hommes, mais non! J.P. Everaere est un Homme et les autres hommes sont simplement moins bon que lui, simplement et tristement ils ne sont plus ou pas encore Humain.
A sa famille qui souffre va toute ma sympathie et mes remerciements. Grâce aux Hommes comme Mr Everaere, l’Homme qui est en moi veut sortir de sa léthargie. Merci